Comment faire le choix d’une peinture naturelle d’intérieur ?

Vivre dans un habitat sain devient un enjeu de plus en plus important pour préserver sa santé. Or, la peinture peut s’avérer être composée de polluants néfastes, malgré l’étiquetage qui peut y être accolé. Comment s’y retrouver et faire le choix d’une peinture qu’elle soit naturelle, écologique ou biosourcée ? On fait le point dans cet article…

 

Qu’est-ce qu’une peinture naturelle, biosourcée ou écologique ?

Toute la difficulté aujourd’hui pour s’y retrouver sur le marché de la peinture, c’est justement de distinguer une peinture dite classique d’une peinture naturelle. Or, malheureusement, il n’existe pas de réglementation spécifique à la peinture naturelle.

Le règlement européen Reach sur les substances chimiques est même clair sur l’usage du terme “substance naturelle” qui est défini comme toute substance qui se présente telle quelle dans la nature et non traitée, ou alors traitée uniquement et directement par des moyens physiques ou indirectement avec de l’eau ou extraite de l’air par un quelconque moyen. Lorsque le produit est qualifié de naturel, il doit contenir au moins 95% de composants naturels, seuls les composants peuvent être qualifiés de naturels.

Autant dire que peu de peintures répondent à cette définition ! D’ailleurs, aucune peinture prête à l’emploi ne peut être qualifiée de naturelle.

S’il n’existe pas de réglementation pour les peintures dites écologiques, il existe toutefois sur le marché de la peinture, 3 labels références qui les classifient de manière générale :

  • L’écolabel européen précise des seuils (abaissés récemment) pour les composés organiques volatils (COV), le formaldéhyde, les hydrocarbures aromatiques.
  • La marque NF environnement, une certification délivrée par l’AFNOR qui garantit la qualité des produits via des critères de performance, de composition (teneur réduite en solvants et absence de certaines substances dangereuses, impacts sur l’eau, air, sol et la santé humaine tout au long du cycle de vie du produit.
  • De nombreuses normes internationales Iso, classés selon le type de peintures (vernis, lasure, acrylique, …) vous  garantissent les performances techniques des produits, et plus généralement leur impact environnemental (l’analyse de cycle de vie) mais assez peu la qualité sanitaire des ingrédients !

A savoir : sur l’étiquette environnementale d’un produit

Créée en 2012 pour les produits de construction et de décoration, cette étiquette classe les produits de A+ à C selon des critères environnementaux assez souples. Ainsi, une peinture classée A+ peut émettre jusqu’à 10 µg/m3 de formaldéhyde et 1 000 µg/m3 de composés volatils, ce qui d’un point vu sanitaire n’est pas neutre ! La classification est évaluée, au choix du fabricant, soit par l’écolabel européen ou la marque NF environnement.

Photo Peinture Keim Innostar

Chacun y va donc de ses arguments en se targuant d’être le plus écologique possible, avec des allégations parfois trompeuses.

Pour que le grand public s’y retrouve un peu, une classification informelle divise les peintures naturelles en 3 catégories :

  • Les peintures écologiques dites végétales (peinture murale, lasure bois, peinture laque, cire )
  • Les peintures écologiques dites minérales (peintures à la chaux, peintures au silicate, badigeon chaux, lait de chaux, peinture à l’argile )
  • Les pigments naturels, sous-couche, liants et autres additifs (huile de lin, huile de colza, huile de chanvre, huile de bois, huile de soja, caséine, cellulose, ocre, oxydes ) pour peinture écologique

Ces derniers offrent l’avantage de pouvoir composer et donc personnaliser sa peinture en fonction du support, du type de finition ou du pouvoir couvrant souhaités.

Alors, comment faire le bon choix d’une peinture naturelle qu’on souhaite saine pour son intérieur tout en offrant de bonnes qualités techniques ?

Quels sont les critères de choix pour une peinture écologique ?

Le support et l’environnement de la peinture

Ce qui sera surtout déterminant dans un premier temps pour le choix du type de peinture, ce sera le support sur lequel vous souhaitez l’appliquer.

Il existe des peintures spécifiques pour chaque type de support qui garantissent une meilleure adhérence et une meilleure protection. Certaines peintures sont multi supports et permettent de peindre différents supports avec la même peinture et d’harmoniser les couleurs. Pour un support particulier comme le bois ou le fer, il faut souvent appliquer une sous-couche ou un primaire avant la peinture de finition. Il est donc important de bien vérifier sur l’étiquette de la peinture pour quel type de support est prévue son application.

L’environnement humide de la pièce sera aussi déterminant. Pour une pièce d’eau comme la salle de bains ou la cuisine, il est préférable de choisir une peinture naturelle qui soit microporeuse, c’est-à-dire qui laisse respirer le support et ne retient pas l’humidité. C’est le cas de la plupart des peintures écologiques minérales, à base de matières premières naturelles comme l’argile, la chaux, mais aussi pour certaines peintures à résine végétale.

Le choix de la finition de votre peinture

 La finition va influencer le rendu visuel de votre décoration et la résistance de la peinture. Les types de finition d’une peinture écologique sont les mêmes que pour une peinture classique : mat, satiné, brillant. Un effet très tendu, laqué, peut être obtenu avec certaines peintures en utilisant un rouleau adapté.

Une peinture mate a un rendu très chaleureux et masque les défauts du support, mais elle est moins lessivable qu’une peinture satinée ou brillante. Une peinture satinée a un aspect plus soyeux et lumineux, et elle est plus facile à entretenir qu’une peinture mate. Une peinture brillante a un aspect laqué et réfléchissant, et elle est très résistante aux taches et aux chocs, mais elle fait ressortir les imperfections du support. Il existe aussi des peintures velours, très proches du rendu chaleureux d’une peinture mate et presque aussi lavable qu’une peinture satinée ou brillante. La peinture laquée a un aspect très lisse, dur et tendu grâce à un broyage très fin. C’est une peinture de haute qualité qui réfléchit la lumière et donne un effet décoratif, elle sublime les couleurs soutenues. La laque est également très résistante, lavable, elle sera parfaitement adaptée aux supports très sollicités.

Tableau des peintures naturelles selon supports et finitions

plaque plâtre panneau bois béton métal papier peint
Brillant Laque végétale brillante N&D Laque végétale brillante N&D Laque végétale brillante N&D Laque végétale brillante N&D Laque végétale brillante N&D
Mat Peinture silicate innotop
Peinture végétale natura Mat /
Peinture végétale natura velour
Laque végétale Mat N&D Lasure Keim Concretal / Peinture silicate innotop / Laque végétale Mat N&D Laque végétale Mat N&D Peinture végétale natura Mat /
Peinture végétale natura velour
Satiné Peinture silicate Innostar / Peinture végétale natura Satin Peinture végétale natura Satin /
Laque végétale Satinée N&D
Peinture silicate Innostar / Laque végétale Satinée N&D Laque végétale Satinée N&D Peinture végétale natura Satin

Marques et produits peintures données à titre indicatif selon disponibilité en magasin.

Pensez aussi que le choix de la finition va influer sur la quantité de peinture nécessaire pour votre projet.

Le rendement et le pouvoir couvrant d’une peinture écologique

La quantité de peinture nécessaire dépend de la surface à peindre, du rendement de la peinture et du nombre de couches à appliquer. Le rendement est le nombre de mètres carrés que l’on peut peindre avec un litre de peinture. Il varie selon le type et la qualité de la peinture, ainsi que l’aspect (lisse, sablé ou crépi) et la préparation du support. En général, une peinture de finition couvre environ 16 m² par litre et par couche sur support lisse.

Pour calculer la quantité de peinture nécessaire, il faut diviser la surface à peindre par le rendement de la peinture, puis multiplier par le nombre de couches. Par exemple, pour peindre 60 m² avec une peinture qui a un rendement de 10 m² par litre et qui nécessite deux couches, il faut faire : (60 / 10) x 2 = 12 litres.

En général, une peinture brillante a un rendement plus élevé qu’une peinture mate ou satinée, car elle est plus fluide et plus lisse. Elle nécessite normalement moins de produits pour couvrir la même surface. Toutefois, le rendement d’une peinture dépend aussi de sa qualité, de sa viscosité et de son pouvoir couvrant.

Or pour un bon pouvoir couvrant, une peinture doit avoir une bonne capacité à masquer le support sur lequel elle est appliquée. Il dépend donc de la qualité et de la composition de la peinture, ainsi que de l’état, la couleur et le type de support. Il peut varier selon les marques et les gammes, mais de manière générale, une peinture végétale a un bon pouvoir couvrant, lorsque les charges masquantes sont de qualité. Une peinture minérale a un pouvoir couvrant moyen à faible, car elle est plus liquide et plus transparente. Elle nécessite souvent plusieurs couches pour obtenir un résultat homogène. Elle sera toutefois plus résistante aux intempéries et aux UV tout en laissant respirer le support et en régulant l’humidité ambiante.

A noter : Quelle différence entre une peinture lessivable et lavable ?
Cela réside essentiellement dans leur résistance à l’eau et aux taches. Une peinture lessivable peut être nettoyée avec une éponge et de l’eau savonneuse, mais elle n’est pas aussi résistante à l’eau qu’une peinture lavable. Une peinture lavable est conçue pour être nettoyée plus facilement avec de l’eau et des détergents, sans laisser de traces ni altérer sa couleur ou sa finition. En général, une peinture lavable est plus chère qu’une peinture lessivable en raison de sa résistance accrue aux taches et à l’eau.

La composition de la peinture

C’est là l’élément final déterminant et le plus sensible pour les années d’application à venir. Chaque peinture est composée de liants, de pigments, de charges et d’additifs. Les liants constituent 10 à 35% du produit fini selon son aspect final. Ces différents liants font l’objet de fiches informatives qui résument leurs propriétés, leur composition chimique et leur mode de fabrication.

Parmi ces composant, différents types de polluants peuvent être problématiques pour la santé :

Les Composés Volatils Organiques (COV)

Ces C.O.V. désignent tout composé contenant au moins l’élément carbone et un ou plusieurs des éléments suivants : hydrogène, halogène, oxygène, soufre, phosphore, silicium ou azote et ayant d’autre part un point d’ébullition inférieur à 250°C*. Ils peuvent être d’origine anthropique (créés par l’homme) ou naturelle. Ces COV peuvent irriter les yeux, la gorge et le nez, provoquer des maux de tête, des nausées ou des troubles respiratoires et parfois être totalement inoffensifs.

En fait, il apparaît clairement que les COV sont indissociables de la vie, qu’ils sont nés avec elle et que notre planète s’en est fort bien accommodée pendant des millions d’années, beaucoup d’entre eux étant naturellement biodégradés par les bactéries, les champignons, les plantes, les UV ou l’ozone.

Qu’il faille donc réduire les émissions de COV anthropiques est une évidence qui n’échappe à personne. Pour les COV d’origine naturelle, il faudra surtout se poser la question de leur toxicité. Nombre d’entre eux à l’état naturel ne présentent aucun danger pour la santé.

Les Composés Organiques Semi Volatiles (COSV)

Les COSV incluent des substances de différentes familles chimiques parmi lesquelles les phtalates, les polychlorobiphényles, des composés organochlorés, organobromés et organophosphorés, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les pyréthrinoïdes, les phénols et alkylphénols, les muscs synthétiques, les parabènes, par exemple.

Par ailleurs, ces substances ont des propriétés très variées ; elles sont utilisées comme insecticide, ignifugeant, plastifiant, conservateur, antisalissure, etc. Ainsi, elles sont intégrées depuis les années 1970 dans de nombreuses applications industrielles. Dans les environnements intérieurs, elles peuvent ainsi être présentes dans les revêtements, les isolants, les produits de traitement du bois, les textiles, les appareils électriques et électroniques, les insecticides, les antiparasitaires animaux et humains, les produits d’entretien, les produits cosmétiques et de soin, les ustensiles de cuisine, etc.

Ils sont relargués très lentement, et restent vos compagnons très longtemps. Ils ne sont pas soumis à l’étiquetage et les étiquettes des produits en contenant peuvent donc en toute légalité afficher des taux quasi nuls !

Les autres composants toxiques ou allergènes

On peut trouver dans les peintures classiques ou d’origine naturelle des isothiazolinones,  ou des MIT/BIT, des conservateurs que l’on retrouve dans la plupart des produits cosmétiques. Ils peuvent causer des réactions allergiques et inflammatoires de la peau par contact.

Certaines peintures contiennent aussi des résines des solvants ou des pigments qui peuvent être nocifs pour le système nerveux, le foie ou les reins.

Certains liants revendiquent une origine naturelle mais abusent le consommateur en utilisant des appellations trompeuses comme latex (butadiène styrène donc acrylique), acide acétique ou ester d’acide acétique, colle blanche (acétate de polyvinyle)

Si ces composants peuvent avoir un impact sur la santé, ne sous-estimons pas non plus le cycle de vie de ces produits.

L’impact environnemental des peintures

Lorsqu’on s’intéresse aux conséquences de l’utilisation d’un produit, on oublie parfois que pour fabriquer ce produit, il a fallu souvent exploiter une mine, et donc impacter l’environnement naturel du site pour obtenir certaines ressources.

Une fois ces composants transportés jusqu’à l’usine de fabrication, le processus de transformation va demander de l’énergie, puis il faudra conditionner le produit (emballages qu’il faudra recycler), avant de l’expédier dans un réseau de distribution (et quelquefois le passage par un intermédiaire grossiste ou une centrale d’achat).

Enfin, après quelques années d’application, lorsqu’on veut changer sa peinture ou supprimer des parements, que devient alors la peinture d’origine ? Sa fin de vie doit donc aussi être envisagée ! On a connu le cas avec la peinture au plomb, qui causait une maladie infantile, le saturnisme.

L’impact environnemental d’une peinture ne s’arrête donc pas à son aspect sanitaire. Faire le choix d’une peinture comprenant des composés pétrochimiques laissera une trace sur votre support et diffusera ses polluants dans votre intérieur pendant des générations !

Certaines peintures écologiques vont plus loin et permettent d’assainir votre intérieur grâce à leurs pouvoirs dépolluants. C’est le cas de la peinture …

Pour réussir un projet de décoration intérieure sain pour votre santé, soyez vigilants aux composants des peintures utilisées. Ne négligez pas non plus le bilan carbone de la fabrication du produit, qui peut finalement s’avérer bien plus important que vous ne l’auriez pensé !

Pour trouver la peinture naturelle adaptée à vos besoins, demandez conseil auprès des professionnels du réseau Nature & Développement.

Crédits photos : Keim Innostar, Anna Lisa, Quang Le, La Belle Galerie, StockSnap, Tung Nguyen de Pixabay

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