Pensez low tech, pensez global

Les low-tech, ou technologies simples et durables, gagnent en intérêt dans le contexte actuel marqué par une urgence climatique et environnementale, une pénurie de ressources, une raréfaction des matières premières, une dépendance forte aux technologies dans un contexte économique et social tendu. Quel est ce concept de low tech ? Peut-il s’appliquer plus largement à une démarche créative, à un habitat, une ville ou une nation ?

 

La low tech du quotidien

Les low-technologies sont des systèmes simples, durables et accessibles en termes de coûts et de savoir-faire. Leur impact sur l’environnement est faible car elles privilégient les matériaux de récupération et des fonctionnements peu énergivores.

Les low tech gagnent en intérêt dans le contexte actuel et permettent de relever plusieurs défis majeurs :

Se donner de l’autonomie

Les low-tech encouragent l’autonomie et la responsabilisation des individus en proposant des solutions simples et compréhensibles.

Elles permettent de se réapproprier les techniques et de ne pas dépendre de systèmes complexes et souvent opaques. Elles sont réalisées à partir de matériaux locaux et facilement disponibles, s’affranchissent de la dépendance aux ressources rares et importées tout en étant facilement réparables par tout à chacun.

Exemples : réparation et entretien des objets, fabrication d’outils manuels, production d’énergie renouvelable à petite échelle, etc.

Développer une économie solidaire et circulaire

Les low-tech, souvent moins coûteuses que les technologies high-tech, offrent des solutions accessibles à tous et contribuent à la réduction des inégalités. Elles favorisent ainsi la création d’emplois locaux.

Dans un monde hyperconnecté et souvent stressant, les low-tech proposent une alternative en revalorisant le savoir-faire artisanal, le travail manuel et le contact avec la nature.

Elles favorisent un mode de vie plus simple et plus durable, dans une économie collaborative et circulaire le plus souvent sur le principe de l’open source (partage gratuit).

Exemples : jardins partagés, systèmes d’échange de services, ateliers de réparation collaborative, etc.

Les Low-Tech constituent un ensemble de technologies qui nous permettent de changer notre mode de vie, de chauffage, de nutrition, de logement pour être plus éco responsable.

A savoir : si Philippe Bihouix a été l’un des premiers a vulgarisé le concept avec son livre “ L’âge des low-tech” en 2014, le Low-Tech Lab a été la locomotive en France de cette tendance, avec la première plateforme qui recense des tutoriels open source (gratuits) de solutions low tech. Chaque technique de fonctionnement est suffisamment explicite pour permettre la compréhension du système, et ainsi son appropriation, voire son optimisation dans un contexte différent.

Des solutions low tech déjà éprouvées

Beaucoup des solutions proposées en low tech sont des produits déjà éprouvés et réalisés en milieu associatif, au sein de mouvements citoyens et d’insertion sociale.

Les plus connues pour rendre un habitat autonome sont :

Mais la low-technologie, c’est aussi une philosophie, celle de faire mieux avec moins.

Concevoir l’habitat dans une démarche low tech

Selon l’ADEME « Le qualificatif de low-tech s’applique à une démarche et non pas à son résultat. Ainsi, un objet n’est pas low-tech dans l’absolu, il est plus (ou moins) low-tech qu’une solution alternative répondant au besoin initial. »

L’approche low-tech est une démarche innovante et inventive de conception et d’évolution de produits, de services, de procédés ou de systèmes qui vise à maximiser leur utilité sociale, et dont l’impact environnemental n’excède pas les limites locales et planétaires.

La démarche low-tech implique un questionnement du besoin visant à ne garder que l’essentiel, la réduction de la complexité technologique, l’entretien de ce qui existe plutôt que son remplacement. La démarche low-tech permet également au plus grand nombre d’accéder aux réponses qu’elle produit et d’en maîtriser leurs contenus .

La low-tech ne consiste pas en une doctrine ni en un catalogue de solutions toutes faites, mais bien en une préoccupation permanente de durabilité qui s’applique à une démarche plutôt qu’à un résultat. Solène Marry dans son livre “Architectures low-tech” (1).

Ainsi, dans le domaine de l’habitat et de l’autonomie alimentaire, 3 concepts représentent relativement bien cet état d’esprit low tech :

La permaculture

La permaculture, élaborée dans les années 1970 par le biologiste australien Bill Mollison et son élève David Holmgren (2), est un ensemble de techniques et de pratiques visant à concevoir des systèmes agricoles et humains durables et productifs, en s’inspirant des écosystèmes naturels. Elle s’appuie sur l’observation et la compréhension des interactions entre les êtres vivants et leur environnement. La permaculture vise à créer des systèmes qui répondent aux besoins humains tout en respectant l’environnement.

Sa déclinaison, le design en permaculture (ou permacole ou permaculturel), est une approche holistique et systémique qui permet de créer des espaces durables, productifs et harmonieux. Il peut être appliqué à différentes échelles, du jardin potager à l’aménagement du territoire, comme à l’habitat.

L’architecture vernaculaire

Ce type d’architecture traditionnelle et locale a été développé par des groupes ethniques et des communautés spécifiques au fil du temps, en réponse aux conditions environnementales et aux besoins socio-économiques du lieu. Elle se caractérise par l’utilisation de matériaux locaux et de techniques de construction simples et durables, souvent transmises de génération en génération.

L’architecture vernaculaire est un patrimoine précieux et une source d’inspiration pour l’architecture contemporaine. Elle offre des solutions durables et adaptées aux besoins humains et environnementaux.

Voici quelques exemples d’architecture vernaculaire :

  • Les maisons en pierre sèche dans les régions méditerranéennes
  • Les maisons à pans de bois en Alsace
  • Les maisons en bois (fustes) dans les régions montagneuses
  • Les maisons en terre crue en région lyonnaise
  • Les maisons troglodytiques en vallée de la Loire
  • Les maisons à colombage, façade et toit de chaume en Normandie

Le mouvement pour une frugalité heureuse et créative

Le manifeste de la frugalité heureuse et créative (3) est né en France en 2017 à l’initiative de Dominique Gauzin-Müller, architecte-chercheure, Alain Bornarel, ingénieur et Philippe Madec, architecte et urbaniste. Fort de son succès, il s’est transformé en mouvement citoyen qui propose une alternative à la société de consommation en prônant une vie plus simple, plus sobre et plus durable.

Le mouvement de la frugalité heureuse et créative s’inscrit dans une démarche de transition écologique et sociale. Il vise à réduire l’impact environnemental de nos modes de vie et à créer une société plus juste et plus solidaire, notamment dans le domaine de l’architecture.

A contrario, les maisons passives telles que l’a défini Passivhaus ne s’inscrivent pas vraiment dans cette démarche low tech. En effet, ce concept va pousser au maximum les limites pour atteindre le saint graal du zéro consommation d’énergie, en visant à atteindre des performances, quelque soit les solutions adoptées, qu’elles soient technologiques (domotique, VMC double flux, …) ou matérielle (avec l’usage excessif d’isolants pas toujours vertueux).

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Cette démarche low-tech peut toutefois s’appliquer à un process industriel, à des PME du bâtiment, comme la construction hors-site. Ainsi, préfabriquer des maisons permet de réduire l’empreinte carbone, avec des matériaux biosourcés, recyclés, qui apportent un excellent confort thermique, tout minimisant les déchets, en limitant les nuisances et en garantissant la qualité et la durabilité des constructions. Une technique qui s’adapte bien aux milieux urbains.

De la ville low tech à la « Low-tech Nation »

Il est possible d’envisager appliquer cette démarche low tech à une échelle plus importante, celle d’une ville, d’un territoire ou pourquoi pas d’un pays.

Dans son livre “L’âge des low-tech” (4), Philippe Bihouix, ingénieur, spécialiste de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique, soulignait l’importance de la « pensée low-tech ». Il incitait déjà en 2014 à questionner nos besoins et à explorer des alternatives durables pour répondre aux défis du 21ème siècle. Avec son nouvel opus  “La ville stationnaire« , il passe à une échelle supérieure et propose une ville plus durable qui ne s’étend pas et qui se concentre sur la régénération urbaine et l’amélioration de la qualité de vie de ses habitants.

Ainsi, il estime que ces villes doivent se densifier, sans dépasser une taille raisonnable pour allier sobriété et efficacité énergétique (pour une réduction de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre). Il veut favoriser l’économie circulaire par la réutilisation et le recyclage des matériaux pour réduire les déchets. Enfin, il souhaite l’implication des habitants dans la conception et la gestion de la ville, pour une ville plus citoyenne. Il invite d’ailleurs à appliquer cette stratégie à des villes moyennes (de 10 à 50 000 habitants) et des éco-hameaux, car ils ont des potentiels de développement maîtrisé et une plus grande proximité avec la nature (et donc l’alimentation).

Un autre ingénieur, spécialiste des risques systémiques, Arthur Keller, nous explique, dans  que nous vivons dans un monde interconnecté, ce qui signifie qu’un événement peut en affecter d’autres en effet domino. Ces risques systémiques peuvent avoir des impacts à grande échelle, jusqu’au niveau mondial. C’est le cas notamment, des risques environnementaux , changement climatique, épuisement des ressources naturelles, pollution, etc, en augmentation en raison de la mondialisation, de l’interdépendance croissante des systèmes et de la complexité croissante de nos sociétés.

Prendre conscience de ces risques, c’est aussi les anticiper en renforçant notre résilience, c’est-à-dire la capacité d’une personne, d’une entreprise, d’une organisation, d’un territoire ou d’une nation à absorber les chocs et les perturbations, à s’adapter aux changements et à se reconstruire après une crise.

Comme l’explique Emilien Bournigal dans son site Low Tech Nation, la démarche low tech est une approche techno-discernée et décroissante visant à réduire les besoins à la source qui  s’attache autant que possible à appréhender l’effet rebond. C’est l’écologie de la demande. Le but premier de cette démarche low-tech est de nous remettre en conformité avec les limites planétaires et ce quoi qu’il en coûte…

Championnes de la réparation, du réemploi, et du zéro déchet, les low-tech ne constituent pas une solution miracle, mais offrent une approche prometteuse pour répondre aux défis du 21ème siècle. Elles s’inscrivent dans une démarche de transition écologique et sociale, et invitent à repenser nos modes de production, de consommation et de vie.

Ressources :

Bibliographie :

Formations :

Reportages et vidéos :

Le Forum Low Tech en février et le Festival Low Tech en avril à Nantes

Boulangerie Solaire, Torréfaction Solaire

Crédits images : Microsoft Designer, Low Tech Nation, Neoloco

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